Kathleen Verhelst : pourquoi l’avenir du secteur passe par le négoce en matériaux de construction

La transition durable dans le secteur de la construction est souvent envisagée sous l’angle de la conception, de la réglementation ou de la technologie. Mais selon Kathleen Verhelst, présidente de la Fema et ambassadrice de Futurebuild Belgium 2026, un levier essentiel se situe également plus près du chantier qu’on ne le pense généralement : au niveau du négoce en matériaux de construction.

« Le secteur de la construction et des matériaux de construction a évolué plus rapidement au cours des dix dernières années que jamais auparavant », souligne Kathleen Verhelst. La durabilité et la digitalisation ont fortement accéléré cette dynamique et continueront à le faire. Dans ce contexte, le rôle des négociants prend une importance croissante. Non plus uniquement comme suiveurs de tendances, mais comme acteurs de traduction active du changement à destination des entrepreneurs, des installateurs et des entreprises de construction, tant en matière de produits que de solutions logistiques.

Du fournisseur au partenaire de connaissance

Les négociants se trouvent aujourd’hui à un carrefour stratégique. Proches des exécutants, ils connaissent les produits, en maîtrisent les applications et comprennent la réalité des budgets et des plannings de projet. Cette position unique les rend particulièrement aptes à sélectionner des solutions durables, à les rendre visibles et à fournir un conseil pertinent.
« Le négociant tourné vers l’avenir est également très proche de l’utilisateur final, ce qui fait que ce rôle s’impose presque naturellement », souligne Kathleen Verhelst.

Dans le même temps, la durabilité ne peut rester un choix facultatif. Elle doit être compatible avec l’accessibilité financière, la fiabilité, une livraison fluide et une mise en œuvre efficace. Or, de nombreuses alternatives restent aujourd’hui plus coûteuses, trop complexes ou insuffisamment éprouvées. Le secteur de la construction demeure par ailleurs prudent. « La confiance dans les matériaux et les systèmes est essentielle. On privilégie ce que l’on connaît, car il s’agit d’investissements importants. »

La digitalisation soutient, mais ne remplace pas

La digitalisation transforme en profondeur le travail des négociants. La gestion des données, la traçabilité, le BIM et les passeports matériaux offrent de nouvelles opportunités pour mieux accompagner les clients. Kathleen Verhelst met toutefois en garde contre toute surestimation : « La digitalisation soutient la chaîne de la construction, mais ne remplacera jamais le négoce. Aucune plateforme ne peut combiner connaissance locale, conseil, service et logistique comme le fait un négociant. »

Par ailleurs, la charge administrative continue de s’alourdir malgré les bonnes intentions. Du fournisseur au client final, chaque acteur souhaite conserver une trace ou un document à des fins de contrôle ou de garantie. Cela se produit alors même que les standards numériques uniformes font défaut et que les données produits ne sont pas toujours cohérentes ou à jour, générant inefficacités et doubles travaux dans la chaîne. C’est précisément pour cette raison que l’optimisation des processus orientée service devient une compétence clé pour le négoce d’aujourd’hui et de demain.

L’innovation exige une véritable collaboration

Selon Kathleen Verhelst, l’innovation ne peut s’ancrer durablement que si fabricants et négociants collaborent étroitement.
« Trop souvent, le négoce est contourné. Résultat : l’innovation ne s’intègre pas de manière structurelle dans le marché. » Les fabricants qui développent de nouvelles solutions doivent dès lors aussi investir dans la formation, le temps et un modèle de rémunération équitable pour leurs partenaires stratégiques au sein du négoce.

Cette collaboration est d’autant plus cruciale dans un contexte économique exigeant. La pression sur les prix et les marges limitées restent une réalité, mais des gains d’efficacité peuvent largement compenser ces contraintes. Une planification intelligente, des commandes correctes, la réduction des déchets et le soutien digital permettent à l’écologie et à l’économie de se renforcer mutuellement, plutôt que de s’opposer.

Le moteur discret de la chaîne

Qu’espère Kathleen Verhelst que les visiteurs retiendront de Futurebuild Belgium 2026 ?

Avant tout, que les acteurs tournés vers l’avenir du secteur y découvrent de nouvelles pistes et inspirations dans l’univers de la construction.
Et surtout que la valeur ajoutée du négoce en matériaux de construction soit davantage reconnue et visible.

« Un négociant professionnel n’est pas un simple intermédiaire, mais un partenaire polyvalent. Il combine expertise technique, savoir-faire logistique et neutralité sur un large éventail de produits. Ce rôle est essentiel au bon fonctionnement d’une chaîne de construction saine et durable. »

Son message aux collègues négociants est clair et pragmatique : la durabilité n’est pas une mode, mais une évolution nécessaire.
« Ceux qui avancent pas à pas construisent une entreprise tournée vers l’avenir. Attendre que tout devienne obligatoire comporte des risques. »